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Un plat mijoté se rate par le début, jamais par la fin

Avatar de Ghislaine Poirrier

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4 min de lecture 5,0 (61 avis)

On accuse toujours la fin d’un mijoté : trop réduit, trop sec, attaché au fond. Le vrai problème s’est presque toujours joué bien avant, dans les dix premières minutes, pendant qu’on pensait encore avoir le temps.

Tout se joue à la saisie

Un morceau de viande destiné à mijoter longtemps n’a pas besoin d’être cuit à ce stade : il a besoin d’être coloré. Une poêle ou une cocotte pas assez chaude, une viande qu’on retourne trop tôt, un feu baissé par prudence, et la viande rend son jus au lieu de le garder : elle bout dans son propre liquide plutôt que de dorer. Cette coloration n’est pas cosmétique : c’est elle qui produit une grande partie du goût final, par une transformation chimique connue sous le nom de réaction de Maillard, qui se produit à haute température entre sucres et protéines et qu’on retrouve décrite en détail sur Wikipédia. Sans cette étape, le plat mijotera pendant des heures sans jamais rattraper ce goût de fond qui manque.

Le feu trop fort ensuite ne répare rien

Une fois la viande saisie et le liquide ajouté, l’erreur inverse guette : vouloir accélérer en gardant un feu vif. Un mijoté cuit à gros bouillons devient une viande qui se défait en fibres sèches avant même que la sauce n’ait le temps de se lier. Le principe du mijotage, c’est justement l’inverse d’une cuisson pressée : un frémissement à peine visible, une bulle de temps en temps, pendant longtemps. C’est ce léger frémissement, plus que la durée exacte, qui rend une viande fondante sans la dessécher.

L’ordre des légumes compte aussi

Un oignon et une carotte jetés en même temps qu’un céleri fin finissent en bouillie pendant que la viande a encore besoin d’une heure. Nous ajoutons toujours les légumes les plus fragiles en dernier, et gardons les légumes racines costauds — carotte, navet, pomme de terre — pour le début, en même temps que le liquide.

  • Oignon, carotte, céleri en début de cuisson, avec la viande saisie.
  • Champignons, petits pois, herbes fraîches en toute fin, pour garder du croquant et de la couleur.
  • Le sel ajusté seulement à la fin, une fois le liquide réduit : trop tôt, il concentre à l’excès.

Corriger un mijoté raté

Une sauce trop liquide se rattrape en fin de cuisson, à découvert, en laissant l’eau s’évaporer. Une sauce trop épaisse ou attachée se détend avec un peu de bouillon ou d’eau chaude, jamais froide, pour ne pas casser la cuisson. Mais une viande sèche parce que saisie sans conviction ou cuite à trop gros bouillon ne se rattrape pas : c’est la preuve que le problème datait du début.

Combien de liquide ajouter

Un mijoté noyé sous le liquide dilue son propre goût : la viande cuit dans une soupe fade plutôt que dans un jus concentré. La règle que nous suivons est simple : le liquide doit arriver à peu près à mi-hauteur du morceau de viande, jamais le recouvrir totalement. Le reste de la cuisson se fait par la vapeur qui circule sous le couvercle, pas par immersion complète, ce qui laisse la partie émergée continuer de dorer légèrement pendant tout le mijotage.

Si le liquide baisse trop pendant la cuisson, on en rajoute un peu, chaud, plutôt que de laisser la viande attacher au fond faute de liquide. À l’inverse, un mijoté qui rend beaucoup de jus en cours de cuisson — c’est le cas de certains légumes gorgés d’eau — n’a parfois besoin d’aucun ajout de liquide au départ.

Le bon récipient

Une cocotte à fond épais garde une chaleur stable et évite les pointes de température qui font accrocher le fond. C’est aussi ce qui permet de saisir la viande et de mijoter dans le même récipient, sans rien transvaser : moins de vaisselle, et surtout, aucun jus perdu entre deux plats. Pour choisir la bonne pièce de viande à mijoter avant même d’allumer le feu, nous détaillons les repères à l’œil et au toucher dans Produits & Épicerie.

Un plat mijoté ne pardonne donc pas grand-chose au début, et pardonne presque tout ensuite : c’est une cuisson qui laisse le temps de rattraper une sauce, jamais une viande mal saisie.


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