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Un couteau qui coupe mal use la main, pas la lame

Avatar de Ghislaine Poirrier

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On croit économiser son couteau en évitant de l’aiguiser souvent. C’est l’inverse qui se produit : un couteau émoussé force la main à compenser, glisse davantage, et fatigue bien plus vite qu’une lame entretenue.

Pourquoi une lame émoussée est plus dangereuse

Une lame qui coupe bien entre dans l’aliment avec très peu de pression : le geste reste contrôlé. Une lame émoussée demande d’appuyer davantage, ce qui réduit la précision et augmente le risque qu’elle dérape, notamment sur une surface ronde comme un oignon ou une tomate. La plupart des coupures en cuisine viennent d’un couteau mal aiguisé, pas d’un couteau trop tranchant.

Affûter n’est pas aiguiser

Le fusil à aiguiser, qu’on utilise avant chaque usage, ne crée pas de tranchant : il redresse le fil de la lame, légèrement dévié par l’usage. C’est un geste d’entretien rapide, à faire souvent. L’affûtage proprement dit, sur pierre ou avec une machine dédiée, retire une fine couche de métal pour recréer un vrai tranchant : c’est un geste plus rare, à espacer de plusieurs semaines selon l’usage, comme le détaille l’article Wikipédia consacré à l’affûtage.

Reconnaître un couteau qui a besoin d’affûtage

Un test simple suffit : essayer de trancher une feuille de papier tenue dans le vide, sans la poser sur rien. Une lame bien affûtée la coupe net, d’un geste continu ; une lame émoussée accroche, plie le papier au lieu de le trancher, ou demande plusieurs passages. Ce test vaut mieux que de se fier à l’aspect visuel du fil, invisible à l’œil nu la plupart du temps.

Le bon geste, la bonne planche

Une planche en bois ou en plastique tendre préserve le fil de la lame ; une planche en verre ou en céramique l’use prématurément à chaque coupe, aussi bon soit le couteau. C’est un détail que beaucoup ignorent en achetant une belle planche décorative qui abîme en réalité chaque lame qui y passe.

  • Planche en bois ou plastique tendre : bon choix, ménage le fil.
  • Planche en verre, marbre ou céramique : à réserver au service, jamais à la découpe.
  • Lavage à la main plutôt qu’au lave-vaisselle, pour éviter les chocs thermiques et les frottements contre d’autres ustensiles.

Le bon geste pour trancher, pas taillader

Un couteau bien affûté n’a pas besoin qu’on appuie de tout son poids : le geste consiste à faire glisser la lame vers l’avant ou l’arrière tout en descendant, plutôt qu’à écraser l’aliment verticalement. Ce mouvement de va-et-vient, presque une scie très fine, répartit le tranchant sur toute sa longueur au lieu de le concentrer sur un seul point de la lame, ce qui l’use aussi plus uniformément.

La main qui tient l’aliment compte tout autant que celle qui tient le couteau : les doigts repliés, en griffe, offrant leurs phalanges plutôt que leur pulpe à la lame, réduisent considérablement le risque en cas de dérapage, même avec un couteau parfaitement affûté.

Entretenir aussi le manche

Un manche en bois qui sèche ou se fend à cause du lave-vaisselle finit par rendre la prise en main instable, ce qui compromet la précision autant qu’une lame émoussée. Un léger entretien à l’huile alimentaire, de temps en temps pour un manche en bois, prolonge sa tenue et évite qu’il ne devienne glissant à l’usage, surtout les mains humides.

Un seul bon couteau suffit

Un couteau de chef bien entretenu remplace la plupart des couteaux spécialisés d’un tiroir surchargé. Mieux vaut un seul couteau correctement choisi, dont on connaît le poids et l’équilibre, qu’une collection dont aucun n’est jamais vraiment affûté. C’est un peu la même logique que pour les produits en cuisine : mieux vaut peu d’éléments bien choisis, comme nous le détaillons dans Cuisine & Recettes.

Un couteau qui coupe mal ne se remarque pas tout de suite : c’est la main qui fatigue, la précision qui baisse, et le risque de coupure qui augmente, bien avant qu’on ne pense à raviver le fil.


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